Le COVID-19, une opportunité?

Cela fait plusieurs jours que je voulais écrire cet article, mais je n’arrivais pas à m’asseoir devant mon ordinateur.

Je ne sais pas comment cela se passe pour vous, mais le confinement change mon rapport au temps. Je vis ma journée en fonction de mon rythme intérieur. Je me réveille quand la lumière et mon être somatique m’invitent à le faire. Il en est de même pour les repas. C’est la faim qui me rappelle que c’est le temps de passer à table. Je suis à l’écoute de diverses émotions qui me traversent et que je laisse cohabiter. En effet, il est possible d’être triste, anxieuse et pleine de gratitude en même temps.

Bien sûr, je reste bien connectée à mon environnement, car je suis consciente du partage de responsabilité dans ce combat contre ce virus. Nous devons tous faire notre part pour nous protéger mutuellement de ce virus. Je suis une fidèle auditrice du point de presse gouvernemental dont je suis les consignes à la lettre. Je me protège également des fausses informations qui circulent en masse sur le Web et j’espère que vous en faîtes autant.

Bien sûr le Centre Emballons-nous est fermé depuis la mi-mars. Cela concerne une dizaine de professionnels et une centaine de personnes qui fréquentent le Centre.

Nous vivons une pandémie avec des effets néfastes sur la santé. Je pense avec compassion à ceux qui sont frappés par la Covid-19 et ceux qui ont perdu un être cher.

Toutefois, je constate que ce confinement me donne le temps d’observer divers phénomènes. J’ai l’impression de vivre un laboratoire expérimental dont je vais sortir enrichie. Certaines prises de conscience m’interpellent, me remplissent d’espoir et me font rêver d’un monde meilleur si nous décidions d’apprendre de cette pandémie.

Lors de ma dernière méditation, j’ai réalisé à quel point je suis impressionnée par le fait que ce micro-organisme invisible, le coronavirus, ait réussi à mettre la planète entière en pause et une économie à genou.

Au risque de choquer certain de mes lecteurs, je pense vraiment que ce virus vient de nous offrir une opportunité de privilégier notre santé et bien-être avant les considérations financières. L’humain et sa survie semblent avoir priorité sur la logique des profits. Le coronavirus nous ramènerait-il à prendre enfin conscience de notre vulnérabiltié et de celle de la planète?

Cette épreuve que nous traversons collectivement nous montre le chemin de la créativité, de la solidarité et de l’entraide.

Offrir un temps de partage à mes élèves pour entendre comment elles vont lors de mes cours en ligne que je donne gratuitement en ce moment, remplit mon cœur.

Recevoir un appel de nos voisins pour me demander si nous avons besoin de quelque chose, me touche infiniment.

Je marche une heure presque tous les jours, disciplinée à respecter les deux mètres de distanciation sociale dans les rues. Quand je sens que ceux que je croise font de même, je sens mon système nerveux qui relaxe. Cela me permet de sentir l’importance de partager une responsabilité avec des inconnus. Cela me rassure et me réjouis.

Je trouve intéressant que notre premier ministre provincial remercie les représentants de l’opposition pour souligner leur collaboration au-delà des guerres politiciennes. Les initiatives prises pour favoriser une production et une consommation locale sont encourageantes.

L’hécatombe qui décime nos aînés en résidence à travers le monde est l’occasion de prendre collectivement conscience que le temps est venu de traiter les générations vieillissantes et valoriser le personnel qui s’en occupe.

Boucar Diouf, biologiste et humoriste, nous rappelle que notre planète ne peut être indéfiniment déséquilibrée. Les micro-organismes (virus et bactéries) existent depuis bien plus longtemps que nous et qu’il est temps de reconnaître leur existence et leur importance dans l’équilibre du vivant.

Comme grand-mère, je suis concernée par l’équilibre sur notre terre pour l’avenir des générations futures. Mais, Boucar m’interpelle à un autre niveau : quelle place laisse-t-on à ce qui est micro dans nos vies ?

Peu de valeur est accordée à ce qui est petit, micro et peu visible dans le monde agité que nous connaissons. Les seuls moments où le micro-mouvement est validé, c’est lors de la réhabilitation suite à une blessure où une maladie.

J’enseigne les micro-mouvements depuis plus de quarante ans. J’accompagne des hommes et des femmes à développer la conscience de leur corps et de l’environnement dans lequel ils vivent. Le cœur de mon enseignement est de guider mes élèves à diminuer l’effort et l’amplitude de leurs mouvements afin de privilégier le confort dans ceux-ci, soit pour prévenir des blessures, soit pour changer des habitudes qui ont conduit à la douleur et retrouver la confiance de bouger au quotidien. Devenir familier de cette façon de bouger demande du temps, de la patience et aussi de l’humilité. Cet apprentissage se fait par l’expérience de petits mouvements parfois invisibles à l’œil nu, qui vont devenir le support des grands mouvements. Le ‘micro’ et ‘macro’ mouvements deviennent indissociables l’un de l’autre. Ils ont même besoin l’un de l’autre pour bouger et vivre librement dans le corps.

L’oublier mène inexorablement une façon de bouger désorganisée et coûteuse en terme de tensions, de douleurs et de mal-être.

Que restera-t-il de cette fracture pandémique? Dans toute convalescence, l’erreur majeure est de vouloir reprendre trop vite. Et si ce dangereux virus invisible, microscopique pouvait restaurer l’humain comme priorité? Cette question nous concerne tous. C’est à nous d’y contribuer, un micro-mouvement à la fois pour marcher vers un monde meilleur.

Et vous, c’est quoi l’expérience que vous vivez en ce moment?

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