Faire de la pause mon amie : l’éloge de la pause

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J’étais partie pour faire une randonnée lors d’une belle journée ensoleillée. Comme la rareté du soleil avait poussé de nombreux randonneurs à en faire autant, l’accès au Mont St-Hilaire était impossible.

Nous avons décidé d’aller à la découverte inhabituelle des environs. C’est là que nous avons découvert la maison des Cultures Amérindiennes avec des expositions, une érablière dotée de deux sentiers invitants. Je me suis allongée sur des feuilles d’érable desséchées en faisant attention de ne pas écraser les nouvelles fleurs vulnérables qui pointaient leur nez pour témoigner que le printemps était quand même au rendez-vous.

Je n’ai rien fait pendant une heure.

Du moins en apparence. Il semble pourtant que mon cerveau a été actif puisque ce moment de calme et de repos a permis l’émergence du thème de cette infolettre sur l’utilité de la pause.

** Vous pouvez visionner la vidéo sous ce texte, où je parle du sujet.

 

La réputation de la pause

Je sais que la pause n’a pas toujours bonne presse. Souvent associée à la procrastination et à la paresse, la pause vient s’opposer à des valeurs d’efficacité, de rapidité et de performance.

Les croyances limitatives liées à l’éducation reçue et aux modèles de la société (no pain no gain) valorisent l’effort et le travail acharné. Elles sont profondément inscrites dans notre inconscient collectif et empêchent d’écouter notre corps et notre besoin de repos.

Certains construisent leur estime d’eux-mêmes à partir de la croyance qu’il faut travailler dur pour être fier de soi et pour être reconnu. Il ne s’agit pas de nier le fait qu’il faut parfois travailler beaucoup pour avancer dans ses projets. Par contre, il s’agit de redonner à la pause et au repos leurs lettres de noblesse et montrer à quel point l’efficacité et la performance peuvent être soutenus si on respecte nos besoins de récupération et d’intégration. La pause devient alors un moyen de prévention pour continuer à performer sans y laisser notre peau.

S’offrir une pause, c’est vivre le moment  présent avec vérité. Cela demande du courage. Ce n’est pas toujours agréable de ressentir ses limites, ses tensions et ses émotions. Pour certains, avancer sans s’arrêter sera pour un temps la seule façon d’éviter de sentir la souffrance ou l’inconfort dans sa vie. Parfois, nous pouvons être l’objet de critique de notre entourage professionnel ou relationnel. Les jugements sont souvent féroces. Mais, c’est notre juge intérieur et la culpabilité qui en résulte qui sont les plus impitoyables à propos de se donner le droit à la pause.

Conscience de soi-couverture de livre Claudie PfeiferPour intégrer la pause dans notre emploi du temps, il faut d’abord apprendre à reconnaitre notre fatigue. Dans mon livre « Vivre en forme sans violence », Je faisais allusion à la fatigue comme une faiblesse non avouable. Nous avons tendance à réagir comme si elle n’existait pas. Or, on peut voir la fatigue comme une réponse normale de l’organisme suite à un effort.

Pour décider de prendre une pause, il faut au préalable apprendre à nous mieux connaitre, ressentir nos limites et notre besoin de repos. Cela demande un entraînement et un engagement dans une démarche où le besoin de repos est valorisé au même titre que l’action afin de devenir une des conditions d’apprentissages. C’est pour cela que dans la méthode Emballons-nous, la pause prend une place centrale en tant que stratégie d’apprentissage. Pour ceux qui arrivent dans cette démarche, le rituel de la pause est totalement  inhabituel et nouveau. Payer une session pour faire des pauses! Cela semble ironique. Pas facile d’intégrer un moment de « rien faire » dans une vie effrénée où chaque minute compte.

Pourtant, fréquemment, même les plus réticents s’endorment à l’invitation de la relâche pour plusieurs minutes, à leur étonnement, parce qu’il en avaient besoin. Apprivoiser la pause devient en défi indispensable à traverser mais certains n’arrivent pas à le faire. Pour ceux qui restent et qui s’engagent dans la démarche d’éducation somatique, l’habitude des pauses se développe petit à petit.

 

Donc à quoi sert la pause ?

La pause permet d’accueillir la fatigue, nous reposer et recharger nos batteries.

Tant que nous sommes en vie, nous vivons du stress au quotidien. Les évènements de la vie nous obligent à nous adapter et des agents stresseurs agréables ou désagréables engendrant une multitude de réactions biologiques telles que la sécrétion de l’adrénaline et le cortisol .

On connait tous l’expression « être sous adrénaline », soit être en état de tension généralisée. La sécrétion de ces hormones va aider l’organisme à agir soit par l’attaque (fight) ou soit par la fuite (flight).

Suite à une réponse au stress, les hormones éventuellement reviennent au repos mais, avec une certaine baisse d’énergie cependant. Si les agents stresseurs s’accumulent, et si le besoin de récupérer n’est pas respecté, le stress peut devenir chronique. La vie se chargera alors de nous mettre en pause forcée par toutes sortes de moyens : la maladie, la dépression ou un accident, par exemple.

Je me souviens de mon propre accident de ski, il y a de nombreuses années.  Je participais à une petite compétition de ski dans les Alpes du Sud en France. J’avais peu dormi. J’étais arrivée très fatiguée, stressée donc tendue. J’ai manqué une porte lors d’un slalom et je me suis retrouvée avec une double fracture ouverte qui a nécessité une évacuation par hélicoptère et une pause forcée d’un an.

À l’époque, la pause ne faisait pas vraiment partie de ma vie. Je me sentais comme invincible. Mes amis m’ont dit qu’il fallait que je me casse quelque chose pour que je me pose.

Ils avaient raison. J’avais quarante ans. Cette pause forcée m’a offert l’opportunité d’apprendre son utilité puis d’en faire bénéficier d’autres.

Dans ma carrière, j’ai souvent rencontré des personnes qui attendaient de se reposer lors de leur voyage dans le Sud, planifié parfois longtemps à l’avance. Mais, la fatigue avait été trop accumulée et le besoin de pause trop longtemps ignoré. Ils sont tombés malades dès qu’il se sont arrêtés. Le corps trouve sa voie (voix) pour nous rappeler qu’il est temps d’écouter ses besoins et de s’arrêter. Il s’agit d’écouter le corps quand il murmure au lieu d’attendre qu’il crie .

La pause est toujours présente dans mon enseignement.

Dans de nombreuses disciplines, la relaxation est pratiquée en fin de cours et non au début. En éducation somatique, les cours commencent par une pause, une détente au sol.

Après quelques minutes debout, les élèves sont invités à s’allonger sur le sol sans rien faire.

C’est un temps offert pour effectuer la transition entre une période active et un moment de récupération.

Pause-Claudie Pfeifer.Puis sur la durée de 90 minutes, il y a de nombreuses propositions d’explorations de mouvements avec des objets médiateurs tels que des ballons de diverses tailles. Après chaque séquence exploratoire, je les invite à faire une pause pour ressentir les traces de ce qu’ils viennent d’effectuer. Je leur explique que ce n’est que dans le repos que notre cerveau peut intégrer les nouveaux apprentissages. Ça leur permet de vérifier par eux mêmes l’évolution de leur sentiment de confort . Ce temps de pause favorise l’auto régulation et l’auto-apprentissage.

La valeur de la pause peut être mieux appréciée à sa juste valeur quand on comprend l’ampleur des processus neuro-physiologiques. La pause offre un temps d’éveil à la conscience du corps et fait partie du processus pour réveiller les circuits neuronaux dormants. Le système sympathique est stoppé au profit  du système parasympathique. Il s’en suit une relaxation profonde. Les circuits neuronaux sont alors plus aptes à se réorganiser et à gérer de nouveaux réseaux. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter l’excellent ouvrage de Norman Doidge, psychiatre, psychanalyste et chercheur « guérir grâce à la neuroplasticité » à propos de la  transformation neuroplastique,.

 

Et vous, avez-vous déjà pensé que la pause pouvait avoir de l’utilité dans votre vie?

Vos commentaires sont les bienvenus sous cette infolettre. Je me ferai un plaisir de vous répondre personnellement.

 

Pour approfondir votre lecture .

 

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