La conscience de soi par le mouvement, un acte d’amour ou une action politique incarnée?

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Conscience de soi-Claudie Pfeifer.

Quand j’ai commencé à écrire mon infolettre qui allait paraître le jour de la Saint Valentin, je me suis demandée comment arrimer mon écriture au thème de l’amour. Je pense que c’est un processus à célébrer chaque jour et non juste une journée par année.
Apprendre à reconnaitre les barrières à l’intérieur de nous-mêmes qui nous empêchent de nous aimer et de voir ce qui est aimable autour de nous, cela prend du temps.

Puis il ya eu l’attentat de Québec. Je n’étais plus capable d’écrire sur l’amour. J’étais sous le choc comme beaucoup d’entre nous. Je me sentais en déséquilibre. J’avais envie de pleurer. Je ressentais cette folie qui a arraché des vies humaines par un geste déséquilibré. Le respect des différences est une valeur très importante dans ma vie, dans mon travail. Et l’amour de la différence venait d’être piétiné.

Sans aucune hésitation, je suis allée rejoindre la vigile au métro Parc. Je sentais l’urgence de partager avec d’autres ce moment de recueillement. Et je repense avec émotion à ces quelques minutes de silence où la foule à prié ou médité ensemble et a partagé un moment de chaleur et d’humanité dans cette période tourmentée.

Ces évènements dramatiques sont souvent des moments où je me demande comment faire, comment être proactive face à l’horreur. Paradoxalement, je remarque que lors d’un évènement tragique comme cet attentat de cette Mosquée de Québec, il y a un réveil de la solidarité. Un réveil de la conscience de l’autre, différent. Il ya un réveil de l’amour universel pour chaque humain. Et cela me rassure.

Conscience de soi-couverture de livre Claudie PfeiferJe me rappelle une question que ma fille m’a posée il y a de nombreuses années, que j’évoque dans un chapitre de mon livre* « maman que fais-tu pour changer le monde? ».

Et je lui ai répondu que chacun doit trouver sa façon de s’engager dans le monde pour faire une différence. Moi j’ai choisi de travailler à devenir une meilleure personne, plus consciente de moi- même, des autres et de l’environnement dans lequel je vis.

Je le fais par le mouvement. Je suis éducatrice somatique.

J’ai choisi une profession où je peux enseigner à se sentir plus conscient et plus vivant, à se sentir mieux dans sa peau, de s’aimer davantage, indépendamment de son âge, de sa taille, de ses limitations.

J’ai la ferme conviction que l’éveil de la conscience de soi par le mouvement rayonne sur notre entourage. Je le vérifie pour moi-même et je le vois dans ma pratique professionnelle et celle de mes collègues. Cela a été la source de ma motivation quand je suis engagée six ans à la présidente du regroupement pour l’éducation somatique du Québec.**

Mais je sais aussi que prendre conscience de soi par le mouvement a sa place dans la prise en charge de sa santé, autant dans la prévention que la récupération.

Lorsque mes élèves arrivent dans la salle, après une journée de travail, le corps tendu, ils se sentent en déséquilibre, éparpillés par les obligations de la vie quotidienne, épuisés parfois. Ils et elles ont choisi de s’offrir une pause pour se reconnecter à eux-mêmes et ressentir leur état intérieur. Une fois déposé sur les tapis, il s’agit de prendre conscience de sa respiration, de ses tensions. Arrêter de courir ! Prendre le temps pour soi, revenir à la source de ce qui est essentiel. C’est un beau cadeau à s’offrir. Les soucis ne vont pas s’envoler par magie. Mais ce qui change est la façon de les appréhender. Ce moment est une opportunité de réduire les effets du stress chronique, prendre le temps de souffler et retrouver ses forces.

Conscience de soi-Claudie Pfeifer.

Prendre conscience de soi par le mouvement pour retrouver la fluidité dans ses mouvements, mais aussi une fluidité dans ses pensées. Il suffit d’écouter les mots de ces femmes et de ces hommes à la fin d’un cours : « je suis plus souple, plus centré, j’ai plus de carrure, je me sens plus solide, mon corps est heureux…» pour saisir que cette qualité de présence à soi, cette force intérieure réactivée va rayonner dans leur entourage au quotidien.

Retrouver la paix intérieure par l’expérience du mouvement, c’est d’abord un acte d’amour pour soi-même. C’est aussi, l’optimisation de son bien-être qui se propage.
Je pense avec délectation aux moments où les élèves sont allongés sur le sol : il suffit qu’une personne commence à bailler dans la salle pour que survienne une symphonie de bâillements, témoin d’une relaxation profonde devenue collective.

Sur un plan individuel, il s’agit de conserver ou retrouver une fonctionnalité dans ses mouvements de la vie quotidienne et rester mobile le plus longtemps possible.
Se sentir plus vivant, mais aussi plus solide à l’intérieur de soi devient même une nécessité pour ne pas se laisser submerger par la peur de l’autre et être déstabilisé dans des périodes plus troubles. Sur un plan collectif, se donner le pouvoir d’avancer dans la vie sans rétrécir défait les stéréotypes sur le vieillissement et oeuvre dans le sens de la prévention en matière de la santé et du bien-être, ce que je qualifierais d’action politique incarnée. Ce rayonnement personnel émane d’une transformation vécue de l’intérieur à partir de l’expérience de la conscience du corps en mouvement. C’est ce qui peut amener des changements dans la communauté et ainsi contribuer à bâtir un monde meilleur.

 

* 2007. Pfeifer,C. Vivre en forme sans violence, les micro-mouvements pour bouger au quotidien, I.Quentin

** http://education-somatique.ca/

2 Responses

  1. Jeanne-Véronique Watters

    Belle réflexion en ces temps en charpie… Fluidité de pensées, fluidité de coeur.
    Comme a dit Henri Bergson: “Agir en Homme de pensée et penser en Homme d’action”. Oui, ce travail fait s’éveiller des consciences, pacifiquement qui plus est. Mouvements habités, agir réfléchi, en gardant la souplesse du bambou… le vent peut souffler, la vie s’accorde fluidement maintenant. Merci la Vie !
    Et bons vents favorables à toi Claudie !

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