Cheminement, volume 12, numéro 5 / mai-juin 2009.
Par Claudie Pfeifer

Qui n’a pas rêvé de partir dans un désert ?

J’ai eu ce privilège de vivre un voyage de ressourcement dans le Sahara marocain avec un groupe de douze personnes organisé par Spiritours.

Nous sommes partis pour nous rencontrer, nous défaire de l’inutile, contacter l’essentiel et rencontrer l’autre, différent de nous, la culture berbère. Je souhaite partager quelques moments précieux qui emplissent mon cœur encore aujourd’hui.

Le voyage

Lorsque je me retrouve dans l’avion pour Casablanca, je dois me pincer. Et oui, je pars marcher dans le désert au Maroc pendant plus d’une semaine. Ce rêve est en train de devenir réalité!

Cela faisait longtemps que je souhaitais accompagner des personnes vivre une expérience d’éducation somatique dans le désert pour prendre conscience de leur corps en mouvement, un pas à la fois dans un univers où le temps ne se mesure plus en secondes mais plutôt en nombre de levers et de couchers de soleil.

La découverte

Neuf heures plus tard, le vol Montréal – Casablanca- Ouarzazate nous propulse dans un dépaysement qui ne fait que commencer. La langue arabe sonne délicieusement à mes oreilles. Je ressens une certaine excitation à partir marcher dans le désert, en silence, loin des effluves de gazoline et loin des décibels.

Lors de la récupération des bagages, je vois arriver un homme habillé dans une magnifique gandoura bleue avec un turban ( un chech) sur la tête. C’est notre guide Mohamed, un berbère, qui est venu nous chercher à l’aéroport. Après les salutations d’usage, nous voilà tous dans une grande jeep, en route vers Zagora, dans la vallée du Draa, aux portes du désert à environs six heures de route.

Les paysages défilent, tous plus grandioses les uns que les autres. Les maisons sont en terre, séchée couleur ocre. Les dattiers sont gorgés de fruits prêts à être cueillis.

Un premier choc culturel.

Lors de notre arrivée à Zagora dans un hôtel, décoré de tapis, et de coussins brodés où nous pouvons déposer notre fatigue quelques heures, nous sommes tous invités dans la famille de notre guide Mohamed pour y déguster un couscous royal.

Avez-vous déjà mangé un couscous sans ustensiles? Je regarde la dextérité de nos hôtes; cela n’a pas l’air si compliqué. Il s’agit de prendre un peu de couscous dans les mains, les rouler dans ses doigts pour en faire une belle boule et ensuite s’organiser pour que cette boulette atteigne votre bouche sans dégât. Nous sommes plusieurs à faire nos expériences. Quant à moi, j’ai plus de couscous sur mes bras que dans ma bouche ce qui ne m’empêche pas d’avoir du plaisir , d’éclater de rire et de continuer mon apprentissage.

Très subtilement, nos hôtes ont compris que des cuillères sont les bienvenues. Des nouvelles habitudes culturelles ont besoin de temps pour être intégrées.

L’entrée dans le désert un pas à la fois.

Le lendemain nous partons rejoindre notre premier campement au pied de montagnes des chaines Jbel Bani. Une tente berbère est déjà installée dans laquelle un thé fumant nous attend.

Après avoir installé nos tentes individuelles, je réunis tout le groupe et les invite à prendre conscience de leur corps, de rentrer en résonnance avec ce paysage grandiose qui nous entoure et à apprivoiser le silence à la lumière du soleil rouge feu qui décline progressivement.

Lorsque je me réveille au lever du soleil, je remarque les dromadaires et les chameliers arrivés dans la nuit. Dans la brume matinale, ce spectacle semble irréel mais tellement joyeux.

Après un copieux déjeuner, je propose le rituel quotidien avec quelques exercices pour nous ramener à l’intérieur de nous –mêmes, réveiller la flexibilité et demander à chacun de réfléchir à l’intention du jour avec laquelle sera vécue notre première traversée.

Petit à petit nous nous mettons en route pour franchir notre premier col et commencer à entrer dans le désert de pierres. Le rythme est lent mais la montée est difficile pour certains. La devise d’un pas à la fois prend alors tout son sens. Le chemin est escarpé et le col est long à franchir. Est-ce déjà le début d’une naissance à nous-mêmes? La beauté du paysage reste indescriptible. Des roches sont partout et le groupe s’égraine tranquillement, l’un derrière l’autre suivant Mohamed, sans un mot. Nous paraissons si petits dans cette immensité. Le désert enseigne sa première leçon d’humilité.

Danser avec l’élément.

Parmi toutes nos expériences, un évènement majeur a marqué mon voyage. Une nuit installée dans ma tente, entre les roches, le vent était tellement fort qu’il devenait insupportable. Nous avions marché plus de six heures et j’étais très fatiguée. Face à ce bruit incessant, anticipant une nuit d’insomnie j’ai commencé à ressentir l’anxiété m’envahir. J’avais deux choix : soit sortir de la tente en hurlant « plus capable ! » soit « danser avec l’élément » pour le transformer et s’en faire un allié. Je me suis alors concentrée sur le rythme éolien et je me suis endormie en peu de temps. J’avais failli oublier ce que j’enseigne. Le désert venait de me donner une autre leçon.

Une expérience solidaire et généreuse.

Chaque soir, nous prenons un moment pour partager nos expériences en lien avec notre intention du jour. Le désert offre une belle opportunité de lâcher ce qui nous pèse pour retrouver la simplicité et la légèreté. Chacun en témoigne à sa façon. La démarche est individuelle pourtant la solidarité est présente en permanence. Au quotidien, l’installation ou le démontage des tentes s’est toujours fait, naturellement, avec l’aide des autres.

Lors de nos marches silencieuses, certains vivaient diverses émotions et douleurs. Le désert a accueilli nombre de larmes de découragement. Je me souviens avoir été très touchée lorsqu’une des participantes est venue donner la main à une autre qui vivait beaucoup de peine et pour laquelle chaque pas était une torture. Il en fût de même lorsque nous devions franchir des dunes ; il y avait toujours une ou deux mains charitables qui nous attendaient pour hisser vers le haut les âmes en peine. Ces élans de solidarité ont contribué à souder le groupe.

La générosité était aussi présente dans l’équipe marocaine. Ces hommes du désert étaient heureux de nous partager leur amour de cet environnement familier. Un jour, arrêtés en haut d’une dune, je regardais au loin, s’approcher les chameliers qui chantaient des chants berbères. Je me suis mise à pleurer de gratitude envers ces hommes qui prenaient tant de soin pour nous rendre le voyage agréable.

À la grande surprise et satisfaction de nos guides, ces hommes du désert qui attachent beaucoup d’importance à ce que le désert soit respecté et reste immaculé, nous avons effectué une corvée de ramassage de déchets laissés par des humains non scrupuleux. Ça a été une belle façon de témoigner à notre tour notre solidarité envers eux.

En conclusion

Lors de nos retrouvailles quelques mois après notre retour, chacun restait encore habité par les prises de conscience révélées par l’expérience du désert. Les apprentissages marquants restaient ces rendez-vous avec la lenteur et le silence et les témoignages de solidarité. Ce voyage aura été une belle opportunité de cheminer au cœur de soi tout en rencontrant l’autre différent de soi. Cela pourrait être ma définition de la spiritualité. J’y retourne cet automne et j’ai bien hâte !

 

Claudie Pfeifer