MARCHE-Randonnée, Hivers 2006, p. 41.
Par Claudie Pfeifer

Avez-vous de la colonne?

Cette expression tirée du langage populaire signifie être capable de se tenir debout de rebondir dans la vie, d’assurer ses décisions. Elle est synonyme de confiance dans la vie. C’est souvent un compliment qui engendre le respect. Le langage populaire est souvent basé sur des réalités. En effet, notre colonne vertébrale constitue le pilier central de notre corps sur lequel s’insère tout notre système musculosquelettique. Sans colonne, nous ne serions pas viables.

Sur un plan anatomique

La souplesse de la colonne est due aux courbes et aux disques intervertébraux qui permettent d’amortir les chocs, comme un ressort à chaque pas que nous faisons. Saviez-vous que le soir nous sommes plus petits que le matin? Cela provient du fait que l’attraction terrestre tasse nos vertèbres et que la fatigue augmente notre tendance à nous affaisser vers le bas.

La colonne

Regardons notre colonne de plus près. Elle est composée de sept vertèbres cervicales, douze dorsales (piliers de la cage thoracique), cinq lombaires, cinq sacrées peu mobiles, et se termine par le coccyx (trois à cinq vertèbres atrophiées) faisant partie du bassin. « Elle est constituée de bloc osseux en forme d’anneaux irréguliers dont la superposition forme un tube qui protège la moelle épinière, descend du cerveau et distribue les nerfs spinaux jusqu’à la périphérie des membres et du tronc. Le nerf spinal sort de la moelle épinière entre chaque vertèbre par un trou dit de conjugaison ». (1) Les vertèbres sont liées entre elles par des centaines de ligaments.

colonneEntre chaque vertèbre, il y a un disque intervertébral, un coussinet fibreux qui ressemble un peu à une éponge composée de 90 % d’eau environ. À l’intérieur de ce disque, il y a un noyau de gélatine qui équilibre les mouvements et évite le tassement vertébral.

Vieillir implique que notre corps est soumis à des pressions, des forces et des utilisations plus ou moins fonctionnelles. La conséquence normale et inévitable est la dégénérescence progressive dont l’une des manifestations est l’arthrose vertébrale.

« Il s’agit d’une déformation de tout le joint intervertébral. Le disque ramollit et s’amincit, les rebords des vertèbres deviennent irréguliers, certains ligaments s’ossifient et les articulations intervertébrales se déforment, réduisant les trous de conjugaison et créant parfois une pression sur le nerf spinal passant par ces trous. » (2)

Dès la sortie de l’adolescence, le processus de dégénérescence discale commence sous l’effet du tassement, du vieillissement de l’usure prématurée des disques, de leur déshydratation. Les variations de température et le manque d’activité physique contribuent à déshydrater notre organisme. Ainsi, les disques se tassent, parfois se fissurent, et peuvent provoquer des douleurs. Dans le pire des cas, des accidents peuvent survenir comme une hernie discale.

Des solutions?

Que faire alors pour ralentir ce processus naturel incontournable de vieillissement de notre colonne vertébrale? D’abord, développer une posture qui respecte sa santé vertébrale. L’ennemi de l’arthrose étant l’immobilité, lamarche trouve ici encore ses lettres de noblesse puisqu’elle permet de nous maintenir en mouvement de façon douce. Évidemment, il est indispensable de choisir des chaussures de bonne qualité adaptées au terrain et à ses dénivelés, ainsi qu’un sac à dos qui respecte la morphologie vertébrale.

L’hydratation reste très importante pour la santé de nos disques intervertébraux. On conseille au moins un litre et demi d’eau par jour. Lorsque l’organisme est déshydraté, il lui faut environ trois mois avant de se réhydrater. Prévoyez de l’eau en permanence et de façon pratique au quotidien, Et lors de l’effort physique, buvez régulièrement avant de sentir la sensation de soif.

Étant donné que de nombreuses professions font passer trop d’heures en position assise, pour prévenir les tassements, il est nécessaire de s’étirer le plus souvent possible, à commencer dès le matin avant de sortir de son lit. Après un trajet en voiture, avant d’entreprendre un sentier de randonnée, on doit prendre le temps de s’échauffer pour se « détasser ».

À condition de respecter les besoins de notre colonne vertébrale en matière te préparation, d’hydratation et de matériel, la marche demeure le moyen le plus sécuritaire pour garder notre colonne vivante. Et si toutefois des douleurs ou des inconforts survenaient, lors de vos randonnées, n’hésitez pas à consulter un médecin pour un diagnostic plus précis. Il vous orientera vers un physiothérapeute ou un ostéopathe. Le mal de dos lié à une mauvaise utilisation de notre colonne vertébrale n’est pas une fatalité. Il est nécessaire d’apprendre à s’en servir comme il faut.

Des ressources pour apprendre
  • La méthode « Emballons-nous »
  • Le Regroupement en éducation somatique
  • La gymnastique sur table
  • La méthodePilates
  • La Fédération des massothérapeutes

Claudie Pfeifer possède une maîtrise en éducation physique. Elle est massothérapeute et directrice des « Ateliers Emballons-nous® ».

Notes
(1) et (2) Michel Dupuis, Ce sacré mal de dos, édition Stanké.