Cheminement, juillet-août 2008, pp. 19-20.
Par Claudie Pfeifer, MA, éducatrice physique, enseignante en éducation somatique et massothérapeute.
Fondatrice et directrice du Centre emballons-nous à Montréal. Auteure du livre : « Vivre en forme sans violence, les micro-mouvements pour bouger au quotidien », Éditions Isabelle Quentin, coll. Coach, 2007.

Danser sa vie, réduire la pression!

Le mot stress a été emprunté au vocabulaire de la sidérurgie par Hans Selye, endocrinologue, qui voulait dire, état de tension du métal. Cet état de tension pouvait varier en fonction des situations et de la capacité de chacun à réagir aux facteurs stressants.

N’oublions pas, que le stress est nécessaire à la vie (eustress). Toutefois, un stress excessif installe des tensions chroniques qui mènent à une rigidité excessive (distress). Les causes de stress peuvent être multiples, médicales, fonctionnelles, psychologiques, environnementales… Le perfectionnisme est une cause psychologique assez répandue.

Perfectionniste? moi jamais !

La quête de la perfection crée un stress phénoménal qui nous empêche de croquer la vie dans toute l’intensité de son mouvement.

Sur un plan collectif, la course à la perfection cultive un esprit compétitif où la vitesse et le dépassement de soi sont des qualités profondément valorisées. La conséquence est une société à deux vitesses, ceux qui performent et les autres.

Sur un plan individuel, les perfectionnistes ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils sont. Ils ont toujours peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas plaire. impossible donc de savourer ce que l’on est tout simplement. La satisfaction semble toujours dépendre d’un idéal à atteindre. À force de courir après une perfection extérieure à soi, vers un bonheur de l’ailleurs qui décentre, nous restons éloignés de la sensation et de l’accueil de ces moments magiques comme se sentir bien tel que l’on est. Ce qui aboutit inévitablement à enfermer l’individu dans une spirale d’insatisfactions permanentes, anxiogènes, coûteuses en terme d’énergie et exigeante à maintenir à tout prix.

Le stress comme résultat

Évidemment, cette exigence permanente imposée de l’extérieur ou par nos pensées crée un stress majeur qui se manifeste par toutes sortes de réactions physiologiques et comportementales pour nous adapter et trouver une façon de répondre aux agents stresseurs. Par exemple, sous l’effet de l’adrénaline le corps se tend, le rythme cardiaque accélère, des douleurs diverses apparaissent avec une difficulté à se relaxer et goûter tranquillement au moment présent. Ces tensions laissent des traces, des cicatrices chimiques dans notre organisme, aboutit à la « désharmonisation » de nos organes, affaiblit notre système immunitaire. Nous nuisons à notre équilibre somatique. Ces accumulations de tension nous transforment en bloc de béton, et le dépassement permanent de nos limites brûlent finalement notre fluidité corporelle.

Au travail, il arrive fréquemment que notre mouvement devienne sectionné, stéréotypé, répétitif. Ce stress laisse des traces dans notre mobilité qui à la longue inhibent et réduisent l’amplitude de nos mouvements et peuvent nuire à un vieillissement harmonieux.

Soyons toutefois rassurés. Ce processus limitatif est réversible.Toutes les stratégies mises en place pour réduire les effets du stress seront à privilégier.

Certains auront besoin de consulter en psychologie, d’autres de s’investir dans un sport ou une activité sociale. Mais personne ne pourra faire l’économie de casser ce cercle infernal; de se recentrer et de se remettre en mouvement en douceur pour commencer à réhabiter son corps et danser sa vie.

Danser sa vie au quotidien

Sur un plan corporel, prendre le temps de se détendre, de se remettre en mouvement, de se déplier, quel que soit son âge, laisse émerger une motricité économique et un rayonnement, reflets d’une intériorité vivante.

Il faut du courage pour décider de danser avec nos agents stresseurs. Du lever au coucher, notre quotidien regorge de situations où notre corps est mis à contribution. Que de flexions, d’extensions, de torsions nous faisons sans même nous en rendre compte. Notre agenda chargé, nos horaires variés, nous poussent à nous ajuster en permanence sur un plan rythmique. Et même lorsque notre motricité est réduite au minimum, soit pendant que nous dormons, le mouvement reste encore présent et agit sur la qualité de notre sommeil. C’est ce qui nous fait être vivant.

J’ai toujours aimé me promener dans la nature. C’est pour moi la meilleure façon de me ressourcer. C’est accessible et non coûteux. le trouve la source de mon inspiration lorsque j’observe la fluidité des arbres dans le vent, le regarde l’herbe se trémousser sous la brise légère. Lors de ces marches, je respire au rythme du vivant qui m’entoure et j’y trouve encore la paix. J’ai l’impression de faire corps avec cet environnement paisible, de danser avec la nature.

À vous de varier vos plaisirs et de trouver votre façon de danser votre quotidien!

Notes
  1. SELYE, H.The Stress of life. New York: McGraw-Hill, 1956
  2. unisson06.org/dossiers/relation_aide/stress.htm